Billets humeurs

Possessivité jalousement maladive

« Là -bas,

Tout est neuf et tout est sauvage,

Libre continent sans grillage,

Ici, nos rêves sont étroits,

C’est pour ça que j’irai là -bas,

Là -bas,

Faut du cœur et faut du courage,

Mais tout est possible à mon âge,

Si tu as la force et la foi,

L’or est à  portée de tes doigts,

C’est pour ça que j’irai là -bas,

N’y va pas,

Y a des tempêtes et des naufrages,

Le feu, les diables et les mirages,

Je te sais si fragile parfois,

Reste au creux de moi,

On a tant d’amour à  faire…[…] ».

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Sirima

Ce sont les paroles de « là-bas ». Je suis tombée sur cette belle chanson à la radio ce matin. Je l’ai découverte il y a quelques années, et quelle fut alors ma tristesse d’apprendre que Sirima, la chanteuse de ce duo mythique, avait été victime des coups de son compagnon. En effet, Sirima, chanteuse britannique née le 14 février 1964 à Isleworth dans le comté de Middlesex en Angleterre est morte assassinée le 7 décembre 1989, par son compagnon. Elle a été révélée au grand public grâce à son duo avec Jean-Jacques Goldman.

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Et je me suis rappelé Marie Trintignant, tuée sous les coups de Bertand Cantat, figure emblématique du rock français, à Vilnius (Lituanie). Et j’ai pensé à ces milliers de femmes et ces milliers d’hommes qui subissent des violences au quotidien.

J’ai pensé à ces femmes dont j’ai déjà croisé le regard à la caisse du supermarché, regard tatoué en œil au beurre noir. Sans porter de jugements ni à ces personnes, ni à leurs actes, ce n’est franchement pas l’idée que je me fais de l’amour.

J’essaie de comprendre. J’essaie toujours de comprendre. Et oui, même une simple chanson me fait réfléchir.

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Comprendre comment l’amour peut se transformer en haine. Comment les bleus peuvent remplacer les roses. A quel moment ces gens basculent ? A quel moment il y a t-il rupture avec l’acceptable ? Est-ce lié à la confiance en soi ? En somme, ces gens ont-ils tellement peu confiance en eux qu’ils en font pâtir leur alter-ego ?

Dans leur tête, souvent les pires scénarios se dessinent. Un retard, un regard vers quelqu’un d’autre, ou un sourire de trop peut faire voler en éclats leur histoire.

Est-ce qu’aimer quelqu’un c’est forcément vouloir le posséder ? Je ne pense pas. « Tu es à moi », je n’ai jamais compris cette affirmation. On ne s’appartient pas déjà à soi-même, comment peut-on appartenir à quelqu’un ? Quand on aime quelqu’un, n’est-on pas censé vouloir le voir libre et heureux ?

Notre société de consommation à outrance nous a-t-elle pervertie au point de considérer autrui comme un objet ? Est-ce qu’on possède une femme comme on possède une berline allemande ? Est-ce qu’on possède un homme comme on possède le dernier smartphone ?

Je n’ai pas la réponse à ces multiples questions. Mais ces questions sont déjà des réponses.

Petite, je me souviens que nous avions recueilli, lors d’une ballade, une belle perruche ondulée dont les blessures nécessitaient des soins. Nous l’avions soigné et gardé un mois dans une cage. Un peu à contrecœur d’ailleurs car voir ce  bel oiseau en cage me fendait le cœur, et en même temps, je ne voulais surtout pas le voir s’en aller.

perrucheUne fois sa guérison assurée, était venu le temps de le laisser s’envoler. Je me souviens avoir longuement tergiversé, en sanglots, en demandant à ma mère : «  Pourquoi on doit le laisser partir ? ». Sa réponse, sans appel : « quand on aime vraiment quelqu’un, il faut le laisser s’envoler».  Et mon fameux « pourquoi » de petite fille de six ans trouvait sa réponse. C’est donc cela. Aimer c’est vouloir voir l’autre libre et heureux.

Pas de chantages, pas de verrous, pas de possessivité.

Les plus belles fleurs sont celles qui jouissent de la meilleure clarté, d’un arrosage mesuré, d’un ensoleillement de qualité. Les enfants les plus équilibrés sont ceux qu’on a choyés, aimés, mais aussi rappelés à l’ordre. La juste mesure. Toute chose égale par ailleurs. La juste mesure comme dans tout d’ailleurs.

Ma conviction réside en nous-même.

Je crois que vivre des mouvements de jalousie n’est pas un drame en soi. Lorsque l’on aime, lorsque l’on a besoin de se sentir aimé, le premier réflexe humain est de désirer que cela dure pour toujours. Et par instinct, on protège toujours ce qui nous tient à cœur.

Cependant l’autre doit toujours rester libre. Libre. Et responsable.

Je ne comprendrais donc jamais ces comportements maladifs, ces logiques de pouvoirs. Car, en principe, l’amour est douceur, joie, liberté, second souffle, simplicité.

A bientôt,

Sana.

Tous droits réservés.

20 réponses »

  1. Très bel article et je te rejoins totalement : aimer ne dois pas être aliéné l’autre. En amitié, en amour, il faut savoir laisser de l’espace pour que l’autre puisse s’épanouir. C’est une chanson de Goldman que j’adore aussi. Cette jeune femme était si belle et semblait si douce. j’étais peiné lorsque j’avais découvert effectivement qu’elle était morte sous les coups de son compagnon. Honte aux Inrocks de mettre cet assassin de Cantat en couverture. il a purgé sa peine certes, mais un peu de dignité tout de même. Passe un bon weekend Sana ! Bises 🙂 🙂

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  2. Un article touchant, tu décris si bien ce que c’est l’amour, le vrai! J’aime beaucoup ton allusion à la perruche, qui est de laisser libre l’être aimé, parce que rien ni personne ne nous appartient. Tous sont libres de rester ou de partir. Aimer, c’est respecter l’autre et le laisser libre car à trop retenir, on finit par étouffer.
    Amitiés

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  3. Merci Sana pour tous ces articles d’une grande beauté et d’une infinie richesse !
    Les êtres humains sont libres d’avoir, d’être, de penser, d’agir, d’imaginer, de choisir, d’accepter, d’aimer, mais la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres… Vaste programme en somme ! Merci pour ton message ! Bon week-end mon amie. ❤

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  4. L’envie de rendre l’autre captif, la jalousie possessive… pour moi ce n’est pas de l’amour mais de la tyrannie. Vouloir l’autre à son image, ne pas accepter son désir différent du sien, au point de la forcer… Voilà des signes immaturité et d’autocentrisme.
    Comme l’enfant qui ne comprend pas quand on lui dit non, qui ne l’accepte pas, qui veut imposer ce qui lui plaît, ce qui le convient. L’autre n’a qu’à s’en accommoder? Où est l’amour partagé dans tout cet égoïsme?

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