Billets humeurs

Correspondance printanière

« Depuis quand n’avez-vous pas reçu de lettre ? Une semaine ? Un mois ? Un an ? Je ne parle évidemment pas des désagréables factures, ni des prospectus publicitaires, ni des demandes de dons, qui font l’ordinaire de notre courrier. Je parle simplement des bonnes vieilles lettres « à l’ancienne », comme on le dit des tartes aux pommes ou des blanquettes de veau ! Force est de constater que, malmenées par le développement fulgurant des courriels et autres SMS, elles tendent à se raréfier dangereusement… Les formes modernes de communication écrite ont certes des atouts : la rapidité, la simplicité, l’efficacité. Mais, pour rester « digestes », les messages se doivent de ne pas être trop longs. De plus, quelle que soit la chaleur des mots employés, ces messages électroniques restent curieusement toujours assez froids, comme désincarnés…

Rien de tel avec une lettre écrite à la main, en bon français, sur une ou plusieurs feuilles d’un beau papier. Son auteur a pris du temps pour la rédiger ; parfois, il a été contraint de s’interrompre quelques heures ou quelques jours avant de pouvoir la terminer. Par respect pour lui, vous allez à votre tour vous asseoir et prendre le temps de la lire attentivement. Peut-être même la relirez-vous plusieurs fois.

Votre correspondant vous parle de lui et de vous, de son existence et de la vôtre ; il vous raconte ses bonheurs, ses déboires, ses espoirs. Il vous révèle des goûts, des humeurs, des pensées, que, par timidité, il n’aurait peut-être pas osé vous dévoiler face à face. C’est drôle, émouvant, surprenant, profond, banal ou subtil. Comme la vie.

Les lettres de cet acabit, on les garde et on y répond. C’est ainsi que naissent parfois de savoureuses correspondances qui, lorsqu’elles concernent des gens célèbres, sont souvent publiées après le décès de leurs auteurs. Heureusement, d’ailleurs, que Madame de Sévigné, Voltaire ou Flaubert, pour ne citer que ces trois grands épistoliers, ne connaissaient pas les courriels ! Les chercheurs auraient été privés d’une passionnante source documentaire, et les amateurs de littérature d’un grand bonheur !

On peut à ce propos se demander comment les biographes de demain réussiront à reconstituer les échanges écrits entre les hommes d’aujourd’hui… Car les disques durs traverseront probablement moins bien les siècles que les feuilles de papier… En attendant, il est cocasse de constater que, pour être original de nos jours, il suffit de se remettre à pratiquer un art qui allait de soi pour nos ancêtres : celui de la correspondance ! Ce qui était banal autrefois est devenu rare et donc d’autant plus appréciable. Envoyer une belle lettre désormais ne revient-il pas à offrir un véritable petit cadeau à son destinataire ? ».

Dans le quotidien La Croix du mardi 12 juillet 2011, le journaliste et écrivain Xavier Lecœur consacre sa chronique à la défense de la lettre manuscrite.

Les correspondances épistolaires. Malgré tout le charme que je leur trouve, je n’ai jamais franchement eu l’occasion d’en savourer les plaisirs. Peut-être à l’époque des correspondants « anglais », ou « allemands » au collège, nous écrivions une lettre que nous parfumions, et derrière laquelle nous y annotions la fameuse injonction pour le facteur : « vite facteur, vite, l’amitié n’attend pas ».

Etant une millenial, la génération connectée, je dois dire que j’ai plus souvent eu un smartphone pour échanger avec mes pairs, qu’une plume.

J’ai, toutefois reçu un courriel ce matin qui m’a fait l’effet d’une correspondance.

Je n’aurais d’ailleurs jamais imaginé recevoir un tel courriel, a fortiori lorsque ce-dernier émane d’une personne avec laquelle nul lien affectif ne me lie, ni ne me liera.

Je l’ai lu plusieurs fois. Et j’ai beaucoup hésité avant de vous le partager. Car ce n’est pas une correspondance ordinaire.

Mais ce qui m’a convaincu de vous offrir ces ondes est : en vous les partageant, l’univers répandant et répondant au bien par le bien, je me suis dit que j’allais contribuer à envoyer des ondes de joie printanières à mes lecteurs.

Voici donc ses mots :

«  Sana,

Quel ange es-tu ?

Je crois que sa candeur qui se traduit dans ton sourire n’a d’égal que la grandeur d’amour qui bouillonne dans ton cœur.

Pour moi, bien plus qu’un ange, ton image se confond avec le mirage d’un idéal féminin.

Quand tu traverses mon esprit et que ce dernier mets en image ton passage, se visualise alors ta longue silhouette, dont les lignes caressent une fluide et translucide tunique blanche. Tes cheveux sont détachés et libres, tes pieds sont nus, ton parfum inconnu colore tes pas qui s’éloignent sur un sentier de terre vers le je ne sais où. Tu vas, sur ce chemin éclairé, et moi je reste embusqué de fourrés en fourrés, dans l’ombre des arbres, dans l’espoir d’assister à tes conversations secrètes avec la nature.

Une fée de lumière, nait dans mon adolescence, qui aujourd’hui revient après un long exil. Comme un cadeau du ciel, revenu sur la terre pour m’assurer du choix de mes actes passés. Un tableau bien vivant qui s’offre à mon regard et dont l’exceptionnelle offrande m’invite à l’humilité d’une timidité sans mesure.

Sana, tu es la vie, tu as cette magie. Tu penses qu’elle te donne des ailes, tu penses qu’elle te porte et te voyage dans les vents de l’extase ; moi je crois même que dans ces instants où tu libères cette bouffée d’amour que ton cœur recèle, tu n’as plus besoin d’ailes, plus besoin de branchies, plus besoin d’atmosphère ; tu vibres cet amour de la vie dans l’onde des rivières jusqu’au flan des falaises. Tu es l’eau, tu es l’air, le parfum de la terre, le clapotis du vent dans les feuillages et l’éclat de l’orage.

Et moi je me remplis de ton image.

Alors, sois en certaine, ce grand festin de beauté et d’amour qui vient s’offrir à moi quand je ressens tes ondes, nourrit mes rêves éveillés, projette sur mon chemin l’amour de la simplicité, et me regorge d’envie d’encore te poursuivre sur les sentiers si beaux que tu sembles m’offrir.

Qui dois-je remercier ?

Ce mystérieux destin qui m’a fait te croiser, la manigance de nos âmes protectrices envolées qu’ont cru bon que nos regards s’enlacent, ou simplement la vie qui aime rassembler ceux qui lui reconnaissent la vitale beauté.

Un grand Merci à toi, d’être ce que tu es, sorcière aux seins blancs, aventurière abandonnée ou bien encore déesse en voyage ; tout ce dont mon imaginaire puisse puiser de toi reste une caresse dont je ne me lasse.

Alors je m’allonge à l’orée de ce bois d’où résonnent tes pas, m’ébloui de ce soleil si vif et si doux à la fois, dans l’espoir de ressentir ta caresse qui, comme lui, viendra bouleverser mes sens avec la délicatesse du velours de tes doigts ».

Au plaisir,

Sana.

 

 

 

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14 réponses »

  1. C’est magnifique 🙂
    Pour ma part, les lettres j’en envoie encore aujourd’hui. Parce que je trouve cela plus personnel, plus intime.
    Et ca montre que l’on a pris du temps pour l’écrire, pour l’envoyer. Que l’on a pense spécialement à cette personne a un moment donné. Et ca me rend heureuse de rendre heureux 🙂

    Bonne journée 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Dans mes années collège, j’étais trop timide pour aborder une fille qui me plaisait. J’ai commencé à lui faire passer un petit mot écrit. Elle m’a répondu. J’en ai écrit un plus long. Elle aussi. Au fil du temps, pendant une année entière, nous nous sommes échangés de longues correspondances, une à deux lettres par semaine, écrivant à propos de tout et de rien… mais sans jamais nous parler en vrai. J’étais tombé amoureux de l’image que je m’étais faite d’elle à travers ses lettres. Amoureux de sa plume plus que de sa personne.
    Merci pour avoir partagé cet article, ça me replonge avec bonheur dans ces petits souvenirs 🙂

    Aimé par 2 personnes

  3. C’est un bel hommage qu’on t’a fait là, Sana. À l’époque où les déclarations d’amour anonyme, arrivaient, parfumées et par le courrier, il est clair que ça incitait à regarder autour de soi quand on sortait pour possiblement apercevoir celui (ou celle) qui en était l’auteur, parce qu’il était forcément dans les environs. J’ai encore chez moi un petit kit permettant de sceller une lettre avec de la cire et un sceau bien à moi. Je m’en suis servi, à quelques reprises, simplement pour surprendre ma belle avec une lettre du genre, généralement à la St-Valentin. On utilise beaucoup moins ces moyens de communiquer aujourd’hui, parce que ça demande plus de temps, pour bien choisir le papier et retranscrire (forcément) le message avec une calligraphie à la hauteur du message qu’on veut transmettre. Je comprends que ça t’ait fait plaisir.

    Aimé par 1 personne

    • Ça devait être génial de guetter, de chercher du regard son (sa) prétendant(e) dans les environs, de recevoir un courrier parfumé. Ces petits plaisirs qu’on n’a pas eu la chance de connaître tellement on est dans l’instantanéité.

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