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Chronique 29 : Le paradoxe du poisson rouge, Hesna Cailliau

Depuis la nuit des temps, le poisson rouge (la carpe koï) est célébré en Asie. C’est un poisson majestueux dont la couleur rouge est le symbole de la joie de vivre et de la force créatrice. Il est sacré parce qu’il ressemble à un petit dragon, ancêtre mythique des Chinois.

Dans cet ouvrage très agréable à lire, l’auteure nous invite à nous ouvrir, à adopter les préceptes de la philosophie asiatique pour voir le monde différemment.
En effet, dans notre tradition occidentale, nous avons tendance à envisager le monde sous un angle manichéen, un monde dans lequel l’Homme, coupé de la nature, ne prête plus attention aux signes de celle-ci et cherche même à la dominer. Or, dans un monde contemporain incertain, la pensée rationnelle montre ses limites : s’ouvrir à la pensée chinoise peut enrichir nos perspectives.

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Semblables à la carpe Koï, poisson-culte qui toujours suit sa voie malgré les courants contraires, les chinois possède de nombreux atouts pour évoluer dans le monde actuel, multipolaire et violent.

Hesna Cailliau expose savemment les différences entre les deux cultures : l’occidentale, héritière de la pensée grecque et de la Bible ; la chinoise, de Lao Tseu, du bouddhisme et de Confucius. La pensée occidentale, très cérébrale, privilégie la rationalité, classe et juge au nom de concepts et d’idéaux. À l’inverse la pensée chinoise ignore les grandes réflexions théoriques : pragmatique, elle s’adapte à ce qui advient, elle accueille.

Dans cette pensée chinoise en réseau, les contraires coopèrent créant un équilibre. L’Homme fait partie intégrante de l’univers, les animaux sont source d’enseignement. Ainsi, la tradition chinoise vénère-t-elle « le poisson rouge » (la carpe koï) dont la couleur rouge symbolise la joie de vivre. Le poisson rouge est une voie à suivre pour réussir : dans la symbolique Ying/Yang représente deux carpes koï imbriquées l’une dans l’autre.

La culture populaire chinoise voue à ce poisson rouge un culte en raison de 8 vertus qu’on lui prête et qui permettent de réussir.

1 – Le poisson rouge ne se fixe pas à un port. L’idée est de ne pas s’attacher à des modèles préconçus, car la vie se transforme constamment au gré de nos expériences, de nos envies, de notre cheminement. Le risque pour les Chinois : est de vouloir avoir raison, car ainsi on s’enferme dans nos jugements, devenant aveugle à ce (ceux) qui nous entourent.

2 – Ne pas avoir de but clair et précis pour réussir. En Chine, le temps est cyclique, il n’y a pas de début ni de fin. Se fixer un but est un inconvénient, car on dépense son énergie pour l’atteindre, et on risque de manquer des opportunités. Il est important de savoir immédiatement changer de cap, lorsque l’opportunité se présente.

3 – Vivre dans l’instant présent. Une seule réalité : ici et maintenant, le Chinois est totalement ce qu’il est dans ce qu’il fait, ce qui lui permet d’être très attentif à tout ce qui se passe autour de lui. Il est rare de voir un chinois faire du « multitâches ».

4 – Éviter la ligne droite. Dans la philosophie chinoise, le meilleur moyen de vaincre un obstacle est de le contourner (l’art du détour). Alors que dans notre culture, l’homme est censé aller droit à l’essentiel. Or, tout ce qui est droit met le Chinois mal à l’aise : « Seuls les démons marchent droit» ou encore « L’arbre tordu vivra sa vie, l’arbre droit finit en planche ».

5 – Culture du groupe. « On n’est heureux qu’en vivant en groupe », « Personne n’est plus intelligent que nous tous ensemble ». Pour créer cette valeur du groupe, l’éducation chinoise vise à renforcer la modestie et les liens entre pairs. Le vrai leader se met en- dessous, il valorise les gens, et ne cherche pas à avoir l’aval sur ces-derniers.

6 – Le poisson rouge se meut avec aisance. Il n’existe pas de principes gravés dans la pierre. La culture chinoise vit avec l’idée du changement, tandis que nous avons construit notre culture sur des certitudes. Cette manière de voir leur permet de mieux vivre l’échec : « qui n’apprend pas à échouer, échoue à apprendre ».

7 – Être calme et serein. Un esprit inquiet est toujours vaincu par un esprit serein. La méditation est un excellent moyen de retrouver de l’énergie, de se ressourcer pour retrouver nos capacités, pour les exploiter.

8 – Remonter à la source. Ne pas perdre les liens avec la tradition permet de mieux s’enraciner pour mieux s’envoler. Dans le sens de la spiritualité, développer l’œil qui voit les choses, car beaucoup de choses sont invisibles à l’œil nu.

Ainsi, dans un monde désormais multipolaire et interdépendant, nous ne pouvons nous satisfaire d’une seule grille d’analyse. Il y a chez les Chinois des façons de penser dont nous pourrions nous inspirer. En effet, un détour par ce monde de sagesses à l’envers permet de découvrir des affinités.

Comme cet animal présent dans la culture populaire chinoise, il faut « se mouvoir avec aisance dans l’incertitide », « ignorer la ligne droite », « vivre l’instant présent » ou « ne viser aucun but ». L’auteure suggère en outre de méditer cette citation de Sun Tzu : « C’est au moment où l’on a des certitudes que l’on perd la guerre ».

J’ai beaucoup aimé cet essai, très nourri de citations des sages, enrichissant du point de vue culturel.

Évidemment que le tableau n’est pas si idéal que cela : la Chine n’est ni le berceau de la sagesse, ni celui des droits de l’homme. Aucune nation n’est parfaite. Je pense d’ailleurs aux travailleurs pauvres des grandes villles, aux minorités musulmanes massacrées, aux enfants abandonnés, aux prisonniers persécutés, à la montée de l’individualisme, au creusement des inégalités. Si les valeurs confucéennes – bonté, sagesse, droiture, bienséance et loyauté –, sont belles : la réalité de leur application n’est bien sûr pas homogène.

Reste que ce petit essai nous éclaire magnifiquement bien sur certaines manières chinoises de faire société. L’auteure estime d’ailleurs que l’Occident gagnerait à retrouver une vraie conscience collective à la chinoise, et à adopter la souplesse du chat qui se cache et sait attendre, au lieu de vouloir dominer avec la certitude d’avoir raison.

Selon l’auteur, cette aisance de la Chine dans le tableau mondial provient de la philosophie asiatique qui incite à la coopération. Dans cette culture, la sagesse se transmet par des paradoxes. L’auteur pense qu’il faut, dans ce monde de plus en plus multipolaire où la pensée rationnelle montre ses limites, échanger aussi les sagesses au-delà de l’échange des marchandises.

Si nous lions cette philosophie de vie au développement personnel : nous dirions qu’il n’existe pas UNE façon de réussir. Chaque individu, choisit parmi les nombreux outils du succès, parmi les philosophies de vie : celles qui lui conviennent le mieux, lui donnent plus de résultats, et enrichissent son horizon.

Dans un monde de plus en plus multipolaire et interdépendant, il est impératif d’élargir ses horizons car : “La réunion des contraires est salutaire à plusieurs titres : elle conduit à considérer les cultures comme des compléments nécessaires et non des oppositions irréductibles.”

A bientôt,

Sana,

 

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