12 mois d’épines et de roses – Anna Spencer

« Chapitre 1 : Allen & Co

J’avais tort. Une fois encore. Tort de ne pas tenir ma résolution de quitter le cabinet plus tôt. Il était plus de vingt-deux heures, l’heure de déchausser mes lunettes et mettre un terme à cette folle journée. Mon rituel était le même chaque soir avant de quitter le célèbre cabinet londonien Allen & Co, spécialisé en droit des affaires. Multinationale fondée en 1930, Allen & Co était l’un des cinq cabinets d’avocats considérés comme les cabinets les plus prestigieux de Londres et d’Europe.

Ma journée harassante avait laissé des marques. Un mal de tête. J’éteignais donc mes écrans, mes deux élégantes lampes blanches. Je m’étirais longuement. Je déposais délicatement ma robe d’avocate sur le cintre. Je délaissais enfin mes talons pour le confort de mes baskets en toile. Mon mètre quatre-vingt suffisait à me faire remarquer.

Ce soir-là, je n’avais aucunement envie de consulter mon téléphone portable. Je savais que j’allais recevoir des dizaines de notifications, sms d’anniversaire et emails. Je soufflais bel et bien mes vingt-huit printemps. J’avais pris soin de ne le rappeler à personne. J’exécrais de voir le temps filer. Je me levais alors du bureau pour me diriger vers les toilettes rincer mon mug isotherme acheté à New York une semaine auparavant.

Contrairement à l’accoutumée, l’étage était relativement paisible. Alors qu’habituellement à cette heure-ci étaient habituellement présents Jack mon mentor, et Barett Johnson le célibataire trentenaire qui en pinçait pour moi.
J’en profitai pour aller vérifier que la salle vitrée était en état d’accueillir trois dignitaires du Moyen-Orient demain, pour la signature d’un contrat. Jack m’avait bien précisé dans la matinée qu’il comptait sur ma présence.

Au-delà de mon expertise juridique en matière notamment de droit de la concurrence, et de droit de la propriété intellectuelle, il misait sur moi en tant qu’atout charme disait-il. J’abhorrais au plus haut point ne faire office que de plante. Parce-que cela me ramenait à ma seule apparence. Paul, mon assistant s’était accordé un jour de congés. Le seul depuis au moins plus de six mois. Paul était d’une nature réservée, et passionnée. Grand blond, mince, il adorait souligner sa taille fine en portant des jeans slims. Ses deux bracelets en cuir, et cloutés ne le quittaient pas. A s’y méprendre, on pouvait aisément estimer qu’il travaillait dans la mode.

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D’un point de vue caractère, c’était comme s’il possédait deux tendances presque extrêmes. Introverti, calme, persévérant, et extraverti.
La lumière du grand bureau vitré de Jack était restée allumée. J’entendis un bruit provenant de notre salle de réunion. Je n’y prêtai guère attention, car, je n’avais qu’une seule hâte : celle de regagner mon appartement à Notting Hill, que je partageais avec Yin, ma meilleure amie et collaboratrice au cabinet. Et dire que j’avais encore quarante minutes de trajet.

Arrivée au bureau de Jack, une main froide me toucha la nuque. Mon cœur bondit. Je me retournai, les lumières du long et large couloir s’allumèrent, puis, celle des bureaux jouxtant le mien.

Bientôt une quinzaine de personnes surgit de nulle part. Jack, Paul, Barett, Yin et les autres, soufflèrent dans les trompettes, et autres sifflets d’anniversaire.
C’est alors que la fameuse chanson d’anniversaire retentit. Paul avait allumé son enceinte dernier cri. Les chansons de Katy Perry en fond sonore. Jack s’approcha de moi, sourire aux lèvres, m’invitant à souffler les vingt-huit bougies qui ornaient un grand gâteau au chocolat nappé de caramel. Le cœur battant la chamade, je me mis à les souffler d’un trait.

La fête battait son plein. Moi qui pensais finir la journée avec un pot de glace allongée sur mon canapé, en regardant une série. Le destin en avait vraisemblablement décidé autrement. Ce n’était pas sans me déplaire.

« Alors maître Anna Kinsley, comment allez-vous ? » s’exclama Jack. Il avait le don de me vouvoyer dès qu’il y avait une tierce personne. Sans doute pour masquer le fait que nous étions proches.

« Très bien maitre », lui répondis-je, prise au dépourvue.

Il savait que je détestais être le centre des attentions. Il me fallait faire entorse à la règle, et profiter d’être sous le feu des projecteurs. Je sentais tous les regards tournés vers moi. J’en voulais d’ailleurs un peu à Yin de ne pas m’avoir prévenue.

Je me tournai alors vers l’assemblée pour les remercier de cette agréable surprise. Je sentis un brin de chaleur me venir aux joues :
« Je vous remercie pour cette attention, dégustons ce gâteau et trinquons » furent les seuls mots qui me vinrent à la bouche. Je ne chérissais pas les longues tirades. J’appréciais la concision.
Paul m’enjoignit de regagner la piste de danse improvisée. J’obtempérai. Barrett me regardait du coin de l’œil, et guettait le moindre de mes mouvements.
Ce fut le moment choisi par Jack pour me tendre trois billets d’avion pour Paul, Yin et moi. Je m’empressai alors d’ouvrir et quelle fut ma joie de découvrir le trajet « Londres-Dubaï » sur les dits billets. La destination ne m’enchantait pas outre-mesure. L’idée de passer quatre jours loin du ciel maussade londonien était, elle, jouissive. Connaissant fort bien Jack, l’escapade serait forcément assortie d’un peu de droit des affaires.
Nous nous déhanchâmes sur la piste jusqu’aux alentours de minuit. Barrett fut le premier à partir, suivi de près par Jack, et de trois autres collègues du Département ».

[…]

Bonjour,

J’espère que tu vas bien. Cela fait quelques temps que je n’ai pas pris le temps de t’écrire. J’espère que tout se passe au mieux pour toi et les tiens. Pour ma part, je suis, entre vents et marées. Le temps pour mener à bien mes rêves me fait souvent défaut. Quand le quotidien reprend dessus, avec son lot de responsabilités et de défis, il nous est parfois difficile de freiner, de renouer avec ce qui fait sens pour nous.

Je tenais à te faire part du petit dernier. Plus de trois ans que je trainais, que je repoussais l’échéance d’y mettre un point final. C’est chose faite. J’ai opté pour une astuce plutôt radicale : se débarrasser de 20% du contenu pour n’en laisser que le nectar.

On écrit souvent avec « De soi ». Tu y trouveras de multiples enjeux de vie qui jalonnent notre existence : la quête du bonheur, les relations, le sens de l’épreuve…

« Les émotions fortes sont au rendez-vous », dixit un inconnu sur le net.

Puisse sa lecture t’être agréable. Donne moi de tes nouvelles.

Tu peux le télécharger ICI.

As-tu écrit pendant ce confinement ? Quel genre de lecture te fait vibrer ?

Sana,

Tous droits réservés.

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